"Elle proclame que les hommes sont, par nature, uniquement soucieux de leur intérêt et de leur image". J-C Michea ne tombe-t-il pas dans la confusion entre les deux liberalismes, celui de la liberte economique qui prime sur tout - une invention de la societe capitaliste et marchande - et le liberalisme originel de John Stuart Mill?

"But there is a sphere of action in which society, as distinguished from the individual, has, if any, only an indirect interest; comprehending all that portion of a person's life and conduct which affects only himself, or, if it also affects others, only with their free, voluntary, and undeceived consent and participation. When I say only himself, I mean directly, and in the first instance: for whatever affects himself, may affect others through himself; and the objection which may be grounded on this contingency, will receive consideration in the sequel. This, then, is the appropriate region of human liberty. It comprises, first, the inward domain of consciousness; demanding liberty of conscience, in the most comprehensive sense; liberty of thought and feeling; absolute freedom of opinion and sentiment on all subjects, practical or speculative, scientific, moral, or theological. The liberty of expressing and publishing opinions may seem to fall under a different principle, since it belongs to that part of the conduct of an individual which concerns other people; but, being almost of as much importance as the liberty of thought itself, and resting in great part on the same reasons, is practically inseparable from it. Secondly, the principle requires liberty of tastes and pursuits; of framing the plan of our life to suit our own character; of doing as we like, subject to such consequences as may follow; without impediment from our fellow-creatures, so long as what we do does not harm them even though they should think our conduct foolish, perverse, or wrong. Thirdly, from this liberty of each individual, follows the liberty, within the same limits, of combination among individuals; freedom to unite, for any purpose not involving harm to others: the persons combining being supposed to be of full age, and not forced or deceived."(On Liberty, Chapitre I).

Tant que l'on ne nuit pas a autrui, l'on peut faire ce qu'on veut, ce qui est n'est certainement pas une doctrine de l'egoisme.


Gravatar Merci de votre citation, qui mériterait presque un "post" entier pour lui répondre, je vais essayer de démêler quelques fils, en vrac :
- vous poussez un peu quand vous parlez du "libéralisme originel" de Stuart Mill, comme s'il n'y avait rien eu avant lui ;
- vous me direz alors que ce libéralisme est originel d'un point de vue conceptuel. Le problème est alors de faire le lien avec les autres formes de libéralisme. Cela dépend de la façon dont on interprète le texte de Stuart Mill. A titre personnel, dans ma vie de tous les jours, je serais plutôt libéral en ce sens, qui est "laissez les gens vivre", même si ce qu'ils font peut me déplaire. L'exemple cardinal, d'ailleurs je crois évoqué par Michéa quelque part, est le masochisme : si un de mes contemporains aime se faire fouetter, qu'est-ce que cela peut me faire, qui suis-je pour le juger ?

Très bien. Mais il ne s'agit là que d'un principe de tolérance mutuelle, dans la vie quotidienne, que l'on peut d'ailleurs rapprocher je pense de la "common decency" orwellienne qui sert de boussole à Michéa. Cela ne signifie pas que dans l'organisation d'une société et de ses valeurs, on puisse en rester là. Ici, l'idée de Michéa est que ce que vous décrivez comme "originel" est en fait une conséquence.


Gravatar Car, à lire le texte de Stuart Mill en tenant compte du contexte de misanthropie (plus ou moins féroce ou dramatisée) qui est celui de la doctrine libérale, on peut aussi y lire une sorte de fatalisme pessimiste : tout se vaut, tous les hommes se valent - et ne valent pas grand-chose -, donc ce qu'ils font, tant que cela reste dans certaines bornes (d'ailleurs pas si évidentes que cela à définir, mais j'imagine que Stuart Mill évoque lui-même cette question), finalement, on s'en fout. Indifférentialisme qui prend le masque de la tolérance (peut-être pas chez Mill lui-même, je ne sais pas) et qui mène vite en réalité au "tout pour ma gueule", et finalement à la guerre de tous contre tous, par le biais du droit et du marché, qui dans la doctrine libérale sont les seules instances de reconnaissance par les autres de ce que l'on est et de ce que l'on fait (je vous renvoie ici aux pp. 38-43 du livre de Michéa, que peut-être je retranscrirai un jour).

On peut aussi formuler le problème de deux autres manières :
- un principe de tolérance mutuelle et de coexistence pacifique dans la vie de tous les jours n'est pas suffisant pour l'organisation viable d'une société (par exemple : est-ce que la religion de l'autre me nuit quand une mairie décide de réserver certains horaires d'ouverture d'une piscine à des femmes musulmanes, horaires qui tombent justement très mal pour moi ? Est-ce qu'on me nuit en tant que musulman si l'on publie des caricatures agressives à l'égard de ma religion ? Le principe de Stuart Mill est bien court pour répondre à ces questions.)
- si l'on prend la notion de péché originel comme école de modestie pour l'homme en général - qui n'est pas Dieu - comme en particulier - ne jugez pas, si vous ne voulez pas être jugés -, l'anthropologie libérale pessimiste, liée selon Michéa au jansénisme, en est une déformation noire et excessive, qui d'ailleurs, chez les jansénistes (ou, dans un autre domaine, chez les calvinistes de M. Weber) a tout de suite posé l'épineux problème de la prédestination. C'est d'ailleurs un point sur lequel je dois revenir un jour, via M. Sahlins.
Cordialement !




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