Gravatar Bonsoir,

Pour toutes informations sur Michel Henry, je conseillerais plutôt d'aller voir son site personnel posthume, fait (assez bien) par Anne Henry (j'ignore le lien de parenté) :

http://www.michelhenry.com/

Avec de très belles photos, notamment sur la page consacrée à L'essence de la manifestation:

http://www.michelhenry.com/ lesse...essencedela.htm

Magnifique, sur la photo centrale, le regard vers l'infini, au milieu des pins; ou encore, plus bas, adossé aux arbres, avec cet air ténébreux et pénétrant du philosophe de la "nuit". Evidemment, il y a beaucoup de pose, on peut aussi lui trouver un côté James Bond des années 70 qui d'ailleurs m'amuse et ne me déplaît pas.

Sinon, en lisant cet extrait et ce commentaire, je me demande si finalement, le tort de Henry ne serait pas de ne pas être remonté jusqu'à une réalité de l'Un ou du Tout supérieure à la vie même. Dans le néo-platonisme post-porphyrien, la manifestation procède par triades successives qui ont pour modèle la triade fondamentale Être-Vie-Pensée, qui elle-même procède de l'Un ineffable. Je pense que ce que Henry dit de la vie ici serait facilement admis par Proclus ou Damascius, mais en précisant que cette "puissance de la vie" est soutenue par une puissance encore plus fondamentale, qui en toute rigueur n'est pas "vivante", celle de l'Un pur, principe commun de l'Être, de la Vie et de la Pensée. Au moins dans cette perspective, le risque de "vitalisme" est définitivement écarté. Mais même Henry, à côté de la "vie", parle aussi quelquefois de "Dieu", du "Logos" et d'autres entités de ce genre (le genre que n'aimait pas ce raseur d'Ockham). Peut-être que ses derniers livres "Incarnation" et "Paroles du Christ" nous en livreraient plus sur le point de vue ultime de leur auteur.

Sinon, le fait est que dans une perspective qui prétend surmonter le dédoublement inhérent à la conscience, "revenir à l'origine", j'ai du mal à déterminer le statut que Henry assigne à sa propre pensée, qui - sauf le respect que j'ai pour ce qui m'est supérieur - m'a de fait parfois l'air de flotter un peu en l'air. Le même problème se pose à toute pensée qui se donne pour objet l'impensable, l'informulable par essence. Justement, ce qui caractérise des "penseurs de l'impensable" comme Proclus c'est d'avoir à leur manière résolu le problème, en tout cas de s'en être activement préoccupé. Henry me donne un peu l'impression de ne pas trop s'en soucier et de considérer que sa démarche va de soi... Pourvu que je me trompe en disant cela ! La suite de mes lectures henryliennes me l'apprendront peut-être. C'est en effet un problème crucial qui déborde la seule question du "vitalisme", qui concerne en fait la critique que fait M.H. de ce qu'il appelle le "monisme ontologique", dont le "vitalisme" n'est qu'un aspect, comme d'ailleurs le "rationalisme".

D'autre part j'ai le souvenir que dans L'essence (il faut que je retrouve le passag


Gravatar e), Henry donne son approbation à certains propos éminemment "vitalistes" de Nietzsche, mais leur reproche d'être formulés sur le mode assertorique, donc sans réelle valeur démonstrative. Il y a donc un certain rationalisme chez Henry, en tout cas un goût de la rigueur formelle, quasi mathématique qui n'est pas une donnée négligeable du problème. A comparer avec Musil qui, si je ne me trompe, n'a jamais formulé sa pensée que sous le mode de la "peinture concrète", donc d'une manière relativement "irrationnelle", nettement moins "scientifique" en tout cas que Henry (bien que ce dernier ait aussi écrit des romans philosophique - je ne crois pas que ce soit ce qu'il a fait de mieux).

Y aurait-il un rapport avec la citation de Chesterton ?...

Cordialement,

M.


Gravatar Etant d'accord sur l'ensemble, et ne pouvant rien apporter, hélas, sur le néo-platonisme, je me contente de remarquer qu'il faudrait que je détaille les rapports de Musil avec l'idée de l'essai, sa façon de mettre en rapport son existence propre, la facture littéraire de L'homme sans qualités, et sa "philosophie". Je dirai seulement aujourd'hui que l'idée d'une "peinture concrète" se veut justement, peut-être pas la seule façon rationnelle, mais une des façons les plus rationnelles d'évoquer la réalité actuelle et ce qu'on pourrait peut-être en faire.

La pensée de Musil est sciemment hypothétique et utopique, mais elle cherche à l'être précautionneusement. Et une de ses particularités est que cet esprit de prudence trouve - non sans tâtonnements ! et n'oublions pas, j'y reviendrai - que Musil a conclu à l'échec de ses tentatives (mais pas à l'échec de sa démarche) -, cet esprit de prudence trouve sa meilleure expression dans un roman de facture souvent classique.

(C'est un aspect que je ne pensais pas évoquer à mon comptoir. On verra si je m'y colle...)

Bien à toi !


Gravatar J'oubliais : excellentes, les photos ! - Comme disait Proust, dès que l'on regarde des photos du passé, toutes les différences de classe, de milieu, de culture, etc. s'estompent au profit de l'esprit d'une époque. C'est OSS117 sur la Côte !


Gravatar Pourquoi ne pas mettre votre photo à vous mr. AMG, on aimerait bien voir "ta gueule dans ton cul". Pourquoi êtes vous si grossier ? Vous avez été mal élevé ?




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