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Jean-Philippe Perreault expose bien dans quel contexte sursaturé se situe déjà (et dès sa conception) le projet d'un congrès eucharistique. Redoublé ici par les fêtes du 400ème de la ville de Québec. Il y a un télescopage de commémorations variées dans lequel l'anamnèse des chrétiens, quand elle est donnée en spectacle, peut passer pour une sorte de pageant historique. Dans un effort avoué de restauration ecclésiastique.
À partir de l'énoncé (extrait d'un contexte immensément différent) : «le salut social par l'eucharistie», Jean-Philippe se demande quel salut social est recherché aujourd'hui? Un «salut» de l'Église, au sens d'un «sauvetage», en principe, ne peut pas être une préoccupation chrétienne. Encore moins un salut par la reconnaissance sociale que donnerait à l'assemblée née des Béatitudes une société néo-libérale.
Selon la dynamique de fusion que décrit l'auteur, il s'agit de célébrer le culte de l'Un, qui est un moteur puissant de la vie politique. Cette unité, ici, n'est pas obtenue par la discussion, le consensus, ni par l'agapè, ni par le pardon, ni par le don, etc. Rien de ce qui caractérise la singularité chrétienne. Elle serait le fait de la gouverne charismatique du meneur de foules et de la force du nombre. Le charisme, dans ce contexte spectaculaire, n'est pas un don du Souffle : c'est un effet construit par la mise en scène. Est charismatique celui (le masculin s'impose ici) vers qui convergent tous les dispositifs scéniques. Quand à l'effet de foule, il est indéniable comme force d'entraînement. Qu'en est-il de l'unité et de l'identité de cette foule, sinon, en partie (je n'exclus par un sentiment religieux chez quelques-uns) celle du regard (narcissique) de l'½il des caméras? Une masse rassemblée, oui, soulevée par les spasmes d'une vague océanique. Est-ce l'universalisme «catholique»?
L'article se termine par quelques questions laisséees ouvertes. Peut-être que poser la question c'est déjà y répondre. Je serais un peu plus explicite. Oui, il est tout à fait possible, dans les conditions décrites, de se mettre à table et de célébrer : cela ne manquera pas d'arriver, puisque la machine à produire ce genre de choses est déjà embrayée et bien huilée. Il se vivra certainement, diront, écriront les nouvelles, quelque chose d'extraordinaire, de spectaculaire, d'«incroyable» en effet. Non, la communauté-fusion éphémère n'est pas un véritable lieu de rencontre ni pour faire la mémoire de l'«événement» (qui fait exploser le sens médiatique d'événement), ni pour jeter un sel singulier sur le convenu machinique, ni pour reconnaître l'autre, l'accueillir, le nourrir et le vêtir. Cependant, l'exigence de l'appel demeure intact pour les chrétiens sous le Souffle : il y a toujours à partager, même son «rien», avec tous les messies anonymes, «off the record», sans que «ça tourne» et en marge du show «[that] must go on».
Jacques Julien |
02.05.08 - 11:09 am | #
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