Gravatar Je rejoins l'avis de Philippakos : le problème n'est pas tant de savoir si le mythe antique est sujet ou non à interprétation : tout peut être interprété évidemment. Pas plus qu'il ne faut réduire le mythe de la Caverne à un simple témoignage historique, dans la mesure où... il n'a rien d'historique ni d'historiographique ! Entre les deux, surinterprétation des mythes antiques et simple connaissance du passé (qui n'est pas valable pour la mythologie grecque par exemple, justement !), il y a une juste nuance à trouver et surtout un problème de remise en perspective dans un contexte, à soulever : ne pas interpréter quelque chose quand on ne connaît pas le contexte dont il émane, et c'est cela que les spécialistes de l'Antiquité (grecque en tout cas, pour ce que j'en sais), combattent vigoureusement, et c'est bien que qu'Aïkie évoquait aussi dans sa phrase : "chacun y va de son interprétation, au détriment de la visée de l'auteur initial". Et justement, dans le cas de la mythologie, Mythe par excellence, il n'y a pas d'auteur ! Quelle prétention alors de la part des sociologues contemporains, ne connaissant pas l'auteur, ne connaissant pas le contexte (ou alors des bribes seulement), de se lancer dans des élucubrations ! C'est bien ce que j'appelle le danger de la surinterprétation.


Gravatar Je voulais simplement dire qu'un mythe antique, quand on se l'approprie (cf. mythe d'Orphée article de mercredi prochain) est source de n'importe quelle interprétation (une vérité et son contraire). C'est le problème de ce que Clarisse appelle la surinterprétation qui n'a souvent plus rien à voir avec l'idée d'origine à cause du manque de contexte. C'est la même chose pour les interprétations historiques abusives qui ont généré de bien grossières erreurs, ou plutôt à qui on peut faire dire n'importe quoi, comme les mythes. Mieux vaut éviter d'interpréter, à tout prix, une société dont on ne comprend pas forcément tous les aspects et les mentalités. Or les mythes sont les fondements des sociétés. J'attends les commentaires de la spécialiste de l'antiquité.


Gravatar Je ne comprends pas bien... tu veux dire que le mythe antique n'est pas sujet à interprétation ??? Qu'il n'est qu'un simple témoignage "historique" des moeurs d'une société trop éloignée pour nous ? Que la Carverne a le même statut que les Travaux d'Héraklès et que la Genèse et l'Atlantide sont à mettre sur le même plan : celui des mythes émanants de sociétés trop méconnues pour qu'on puisse les interpréter aujourd'hui ?
Mais à ce moment-là qu'est-ce que qui différencie le mythe du conte ou de la légende ?


Gravatar Je crois qu'il faut différencier le mythe antique, émanant d'une société qui n'est plus la nôtre même si on lui emprunte des éléments, et le mythe du structuralisme de Lévi-Trauss qui parle de sociétés contemporaines (primitives dans son oeuvre). Dans le premier cas, il peut être effectivement dangereux de surinterpréter puisque nous ne connaissons pas (ou mal ou incomplètement) les peuples qui les engendraient. En revanche, comme dit Lévi-Strauss, les différentes interprétations du mythe sont le mythe lui-même, fondement des sociétés, et on n'a pas alors à se priver d'interprétations diverses, pourvu qu'on fasse partie de ces sociétés-là.


Gravatar Il y a un terrain sur lequel je ne vous suis pas, tous les deux : c'est votre rejet de la surinterprétation du mythe !
Qu'est-ce qui différencie une histoire, un conte, une allégorie d'un mythe ? C'est que le mythe façonne l'inconscient collectif (comme l'appellent les sociologues), et qu'il le fait par une interprétation incessante.
De ce point de vue, la caverne platonicienne est un excellent exemple : chacun y va de son interprétation, au détriment de la visée de l'auteur initial (et pas plus loin que dans ces lignes : http://philippakos.blogspot.com/...-patras.html) ... Pourquoi remettre en cause un tel procédé ? C'est par cette herméneutique incessante que les mythes nous parlent et nous forgent ! Les Juifs l'ont bien compris en présentant les livres du Talmud avec un fragment de la Torah au centre de la page et les commentaires se superposant autour !


Gravatar Oui, mais il ne faut tout de même pas oublier l'importance du miroir (en bronze) dans l'antiquité. Au VIème siècle avant il est couramment utilisé par les étrusques et on en trouve sur pratiquement tous les sites antiques grecs. Le reflet de soi-même était-il donc si étrange ?


Gravatar Quelle que soit la version retenue et l'interprétation qu'on en fait, je constate une chose : dans les deux cas, on donne une portée psychanalytique à ce mythe : Narcisse égoïste ou malade. Quand on sait à présent qu'il faut se garder de surinterpréter la mythologie et surtout que les théories échaffaudées dessus par les psys sont vues comme des prétextes à élucubrations, ne pourrait-on pas revenir à une idée plus simple, évoquée dans la présentation de ce blog , Dans l'Antiquité, une personne voyant pour la première fois son reflet était-elle à même de se reconnaître ? Voir en face de soi quelqu'un reproduisant ses gestes sans comprendre immédiatement qu'il s'agissait de soi, n'est-ce pas perturbant pour n'importe qui ? Certes, l'image mobile, à la différence de la photo, permet sans doute à l'esprit de "réaliser" plus vite ce que signifie ce reflet, mais je pense qu'il ne faut pas sous estimer l'idée de surprise forte et déroutante, que les psys passent sous silence pour tendre uniquement à la maladie mentale. Ouah, je suis en forme aujourd'hui... Exprimez-vous, qu'ils disaient...




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